La restauration occupe une place de plus en plus importante dans l’expérience proposée par les campings. Pour certains établissements, elle constitue un simple service complémentaire permettant aux vacanciers de se restaurer sur place. Pour d’autres, elle représente désormais un véritable centre de profit, capable de générer plusieurs centaines de milliers d’euros de chiffre d’affaires sur une saison.
Mais dans un contexte où les vacanciers surveillent davantage leurs dépenses, où les coûts d’exploitation restent sous pression et où le recrutement des équipes saisonnières demeure un enjeu majeur, développer une activité de restauration ne peut plus se limiter à « faire comme les autres ».
La saison 2026 illustre d’ailleurs cette nécessité. Après une année 2025 particulièrement dynamique pour l’hôtellerie de plein air, les campings continuent de bénéficier d'une fréquentation soutenue. Mais cette fréquentation ne signifie pas nécessairement que les vacanciers consomment davantage sur place. Les arbitrages liés au pouvoir d’achat se multiplient et la restauration fait partie des dépenses susceptibles d’être réduites.
Dans ce contexte, la question n’est donc plus seulement de savoir quoi vendre, mais comment construire une offre de restauration cohérente avec le camping, sa clientèle et ses moyens d’exploitation.
La restauration, un service… mais surtout un modèle économique
Pendant longtemps, le snack du camping a pu être considéré comme une activité relativement secondaire : quelques pizzas, des burgers, des frites, des glaces et des boissons permettant de répondre à la demande des vacanciers. Cette approche montre aujourd’hui ses limites. La restauration peut contribuer à augmenter le chiffre d’affaires généré par chaque séjour, à améliorer l’expérience client et à renforcer l’attractivité du camping. Elle peut aussi devenir un véritable lieu de vie : terrasse, apéritif, repas en famille, soirée thématique ou restauration à emporter. Mais elle représente également une activité particulièrement exigeante en matière d’organisation. Une carte trop ambitieuse peut entraîner une explosion des références à stocker, des pertes de marchandises et des temps de préparation incompatibles avec les effectifs disponibles. À l’inverse, une offre trop limitée ou mal positionnée peut ne pas répondre aux attentes de la clientèle et laisser échapper une partie du chiffre d’affaires potentiel. La première décision consiste donc à définir le rôle que la restauration doit jouer dans l’économie globale du camping.1. Quel rôle pour la restauration ?
Un camping de 80 emplacements et un établissement de 500 emplacements n’ont ni les mêmes volumes, ni les mêmes besoins, ni les mêmes capacités d’investissement. Avant même de réfléchir aux recettes, il faut donc répondre à plusieurs questions : * La restauration doit-elle principalement répondre à un besoin de dépannage ? * Doit-elle générer un chiffre d’affaires complémentaire significatif ? * Souhaite-t-on créer un véritable lieu de convivialité ? * Faut-il privilégier le déjeuner, le dîner, l’apéritif ou la vente à emporter ? * L’activité doit-elle fonctionner uniquement en juillet-août ou contribuer à allonger la saison ? * L’offre doit-elle également s’adresser à une clientèle extérieure au camping ? Les réponses à ces questions vont déterminer le concept. Selon les établissements, le modèle pourra prendre la forme d’un snack, d’une guinguette, d’un bar à manger, d’un restaurant traditionnel ou d’une offre essentiellement orientée vers la vente à emporter. Cette réflexion prend d’autant plus d’importance que l’allongement de la saison devient un axe de développement pour de nombreux campings. Certains réseaux cherchent ainsi à maintenir une offre de restauration et de services au-delà du seul cœur de saison. Il n’existe donc pas de modèle de restauration universel : il doit être dimensionné en fonction du camping.2. Une carte plus courte peut être plus rentable
Le réflexe consiste souvent à vouloir proposer « un peu de tout » : burgers, pizzas, salades, grillades, moules-frites, plats du jour, enfants, desserts… Sur le papier, la diversité semble être un argument commercial. En exploitation, elle peut rapidement devenir un problème. Chaque nouvelle recette implique potentiellement de nouveaux ingrédients, de nouveaux conditionnements, du stockage supplémentaire, des préparations spécifiques et une compétence supplémentaire à maîtriser. Plus la carte s'allonge, plus le risque de rupture ou de perte augmente. À l’inverse, une carte courte et construite intelligemment permet de mutualiser les matières premières. Un même ingrédient peut par exemple entrer dans la composition d’un burger, d’une salade, d’une planche ou d’une autre recette. La cuisine gagne alors en simplicité et l’achat devient plus facile à piloter. L’objectif n’est donc pas de proposer le plus grand choix possible, mais le bon choix. Une carte efficace doit être : * lisible pour le client ; * cohérente avec le positionnement du camping ; * réalisable avec les compétences disponibles ; * compatible avec les volumes attendus ; * construite autour d’un nombre maîtrisé de matières premières. Cette logique est particulièrement importante dans l’HPA, où les volumes peuvent varier considérablement d’une journée à l’autre.3. Le prix de vente ne suffit pas à mesurer la rentabilité
Un burger vendu 15 € n’est pas nécessairement plus rentable qu’un autre vendu 13 €. Pour connaître réellement la performance d’une recette, il faut connaître son coût de revient. Le coût matière doit intégrer les quantités réellement utilisées, mais également les pertes, les sauces, les accompagnements, les consommables et, dans le cas de la vente à emporter, les emballages. La mise en place d’une mercuriale et de fiches techniques constitue à ce titre un outil essentiel. Elle permet notamment de connaître le coût matière précis de chaque recette, de contrôler les grammages et d’identifier rapidement l’impact d’une hausse du prix d’un fournisseur. Cette rigueur est d’autant plus importante que les prix des matières premières restent volatils. Si certaines matières premières importées ont récemment enregistré un recul mensuel, elles demeurent en hausse sur un an, selon les données publiées par l’Insee en juillet 2026. Pour un camping, l’enjeu est donc moins de rechercher le « prix parfait » que de disposer d’un modèle permettant d’ajuster rapidement les prix, les recettes ou les grammages lorsque les conditions économiques évoluent.4. Concevoir la cuisine à partir du coup de feu
Autre erreur fréquente : penser l’organisation de la cuisine à partir d’un service moyen. Or, dans un camping, la véritable épreuve intervient précisément lorsque tout le monde commande en même temps. Un vendredi soir de juillet, un concert ou une animation peuvent transformer une activité relativement calme en un véritable coup de feu. C’est à ce moment-là que les défauts de conception apparaissent : * déplacements inutiles ; * croisements entre les équipes ; * attente à la prise de commande ; * préparation insuffisante ; * manque de place au poste d’envoi ; * commandes qui s’accumulent ; * clients qui attendent trop longtemps. Quelques mètres supplémentaires entre deux postes peuvent sembler anecdotiques lors de la conception du point de vente. À l’échelle d’une saison, ils peuvent pourtant représenter un temps de travail considérable. Le parcours du produit doit donc être pensé avant l’ouverture : réception, stockage, préparation, cuisson, dressage, envoi et retrait par le client. Cette réflexion doit également intégrer le parcours du vacancier. Une restauration rentable est aussi une restauration fluide : commander facilement, comprendre l’offre, payer rapidement, récupérer son repas et pouvoir s’installer sans créer de congestion.5. Le matériel doit être la conséquence du concept
La tentation est parfois forte de commencer un projet de restauration par l’achat du matériel. Il faudrait au contraire faire exactement l’inverse. Une fois le concept défini, la carte construite et les volumes estimés, il devient possible de déterminer les équipements réellement nécessaires. Une cuisine surdimensionnée immobilise inutilement de la trésorerie et occupe un espace qui pourrait être utilisé autrement. À l’inverse, un équipement sous-dimensionné peut devenir un véritable goulot d’étranglement lorsque l’activité augmente. Le raisonnement doit donc être progressif : concept → carte → volumes → organisation → équipements. Et non l’inverse. Cette méthode permet également de mieux maîtriser l’investissement initial et d’éviter d’acheter des équipements qui ne seront utilisés que quelques semaines par an.Et si le meilleur modèle était aussi le plus simple ?
Dans un camping, la restauration doit être pensée comme un élément du modèle économique global. Elle doit tenir compte du nombre d’emplacements, du taux d’occupation, de la typologie de clientèle, du positionnement tarifaire, des infrastructures existantes, de la durée de la saison et des ressources humaines disponibles. Elle doit aussi être capable de s’adapter à une clientèle dont les comportements évoluent. La saison 2026 montre notamment que les vacanciers arbitrent davantage leurs dépenses et que les phénomènes météorologiques peuvent également modifier les comportements touristiques et la géographie des séjours. Dans ce contexte, une offre de restauration doit pouvoir conjuguer prix accessibles, rapidité, qualité perçue et maîtrise des coûts. Pour les exploitants, le véritable enjeu n’est donc pas nécessairement de transformer le snack en restaurant gastronomique ou de multiplier les références. Il peut au contraire s’agir de faire moins, mais mieux Une carte courte, des recettes bien construites, des matières premières mutualisées, des fiches techniques précises, une organisation pensée pour les pics d’activité et un équipement dimensionné au besoin réel peuvent permettre de réduire les pertes tout en améliorant simultanément les conditions de travail et l’expérience client.« La restauration doit être pensée comme un système »
Après quinze années comme restaurateur et plus de 50 concepts développés dans l’Hôtellerie de Plein Air, Alexandre Hoffmann accompagne les campings indépendants dans la création et l’optimisation de leur offre de restauration. Il intervient également auprès de fédérations professionnelles et comme formateur auprès de Camping Qualité. Avec Hoffmann Conseil, il accompagne les exploitants à distance sur différents aspects de leur activité : construction de carte, calcul des coûts matière, création des fiches techniques, organisation de la production, choix du matériel, identité du concept et parcours client. L’objectif : permettre aux exploitants de construire une restauration plus simple à exploiter, plus facile à piloter et réellement adaptée à leur camping.+ d'infos sur la société Hoffmann Conseil:
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